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Stéphanie Moisdon est commissaire d’exposition et critique d’art. Si vous croisez Stéphanie Moisdon, vous devriez aller lui parler. Quelle que soit votre raison ou votre état d’ivresse, pourvu que vous aimiez les conversations. Laissez la planter ses iris bleus dans votre front, et plantez dans le sien ce que vous voudrez. Voilà ce qu’elle pourrait vous raconter à propos de son exposition au Consortium de Dijon, une fresque sur l’art et le travail adaptée du dernier roman de Michel Houellebecq - ou à propos d’Isabelle Minini, fleuriste à Dijon – ou à propos d’une pièce éblouissante de l’artiste néerlandais Willem de Rooij intitulée bouquet V :
« La série des bouquets est un projet de très longue date de Willem de Rooij, qui a pris des formes très différentes, qui travaille la différence, qui suppose - ici - d’avoir quatre-vingt-quinze espèces de fleurs différentes. La production de cette pièce nécessite d’impliquer un artisan. Toute l’exposition tourne autour de la relation entre l’art conceptuel et l’artisanat dans l’héritage de l’architecte théoricien William Morris. L’artisanat, la production, la technique, les métiers…
Willem de Rooj est véritablement un artiste conceptuel. Et ce bouquet, derrière son espèce de splendeur est un projet sur la production, sur la négociation, sur ce que cela va signifier pour une institution et un commissaire d’exposition qui veulent réaliser ce bouquet, de discuter avec des gens dont c’est le métier. Cette réalisation nécessite une implication extrêmement dure. C’est une vraie performance, une pièce intenable dans le temps d’ailleurs. Mais à la fin ce n’est que ça, que ce bouquet, cette forme considérée comme ultra décorative. C’est purement et simplement de l’art conceptuel, et c’est aussi de l’art Floral. Isabelle Minini, fleuriste, meilleure ouvrière de France, qui a travaillé avec nous sur cette pièce, a été très touchée que son métier soit valorisé dans un contexte comme celui de l’art contemporain. Elle participe à énormément de concours d’art floral. Elle est parfaitement légitime parmi les gens qui excellent dans ce domaine mais qui sont rarement reconnus par d’autres milieux de la création comme celui de l’art. C’est cette possibilité, ce moment de transaction qui m’intéressait pour toute l’exposition. Pourquoi un objet est disqualifié ou qualifié, à quel moment il est reconnu, pourquoi il existe dans un contexte donné, à une époque donnée, puis disparait à nouveau. »
« Le Monde comme volonté et comme papier peint » du 21 avril au 2 septembre 2012, le Consortium, Dijon.
Red Cloud Peony / Pivoine Nuage Rouge
Stanislaus Draber stated unequivocally: the peony is a girl’s favorite flower. But it is also manlier than one expects, and always has been.
Certainly, the peony season is to the flower calendar what the spring cruise collection is to fashion; a short, sweet and terribly awaited pre summer rendezvous. Six weeks, at its most, of intense girlish desire, pink coral optimism and cream.
Quite naturally, each year the peony is met with equal and simultaneous enthusiasm as the first precociously under-clad evenings of May. Girls spend those same weeks hoping to be offered the magnificent bloom, or lent a pull over, as one sits in the setting sun sipping the first glasses of rosé, shivering in a bit-too-summer-y-dress.
Yet little did we know, that just as the Rose is the ultimate emblem of femininity in western cultures, the peony is the symbol of masculinity for our Eastern counterparts.
It is known as ‘the flower of Richness and Honors’, suitable for celebrating the achievements of ambitious males, which may of course explain the adoring feminine consensus…
“There are 10 000 different significations for the Peony, but this one is for sure: it’s a girls best loved flower. It is a delightful, entrancing bloom. As soon as it’s in season, we hear ‘O! They are my favorite!’ all day long.”
Grown: By small, local producers in Britney, about 300 km North West of Paris.
Supplier: Rungis, but not always, we go and get a lot of our flowers directly from the producers. Without exception, all our flowers are French.
Price: 30 Euros a bunch
Longevity: A flower that has not been refrigerated will last 7 or 8 days, none of our flowers have.
Preparation: Simply remove the leaves at the base of the steams. Ideally keep then in a cool place out of direct sunlight, especially not behind a window, and change the water as soon as it goes cloudy.
Color: A Carmen red, not a straight red, almost raspberry in color. Unlike the plumper double peony which is the more common hybrid, the Nuage Rouge is a simple flower, slender as it opens, it is light and airy.
Scent: Although not strong, it has a distinctive smell, which is often compared to that of the lily of the valley.
Family: Paeoniaceae.
Signification: Hardiness / Heaviness / bashful shame / anger, a frown to the west, masculinity / brightness / prosperity to the East.
Stanislas Draber / 19, rue Racine / 75006 Paris / 06 75 71 86 02
Clématite Blue Pirouette
Le clématite est une fleur d’été, mais les lois du commerce sont plus fortes que celles de la nature. « C’est comme la mode, on a toujours une saison d’avance. par exemple les tulipes fleurissent dans les jardins maintenant, alors qu’on en vend depuis le mois de novembre, » nous confie Amalia Duroux. C’est comme les asperges, les fraises, les espadrilles, c’est facile de se payer le printemps ou l’été avec un peu d’avance, et le sentiment d’écoeurement qui suit immédiatement le plaisir procuré par ce petit monnayage est infime. De toute façon la clématite est une fleur amorale, elle signifie l’artifice et la tromperie d’après l’ouvrage d’Emma Faucon intitulé le nouveau langage des fleurs. Emma Faucon était une sorte de comtesse de Ségur Tardive (fin du XIXe siècle) dont l’oeuvre éducative montre un curieux mélange d’érudition de dévotion et d’idiotie. Le nouveau langage des fleurs donne par endroits plus d’indices concernant la société de classes de Madame Faucon que sur le discours amoureux. “Artifice et tromperie” donc, pour la clématite, car « c’est avec le jus de la clématite des haies que les mendiants se frottent pour simuler des ulcères et exciter ainsi la charité publique. » Il est beau le langage des fleurs.
Provenance : Hollande, via Rungis.
Préparation : on enlève les feuilles
Prix : 2 € la tige.
Longévité : 1 semaine, changer l’eau tous les jours, beaucoup d’eau dans le vase.
Couleur : Violet.
Parfum : Non.
Floraison : Tout l’été.
Famille : Renonculacée.
Abacard / 12, rue Oberkampf / 75011 Paris / 01 47 00 78 80
Magnolia liliiflora
Magnoliaceae has basically been around forever. Before bees flew, pre-ice age – you name it, it was there. The legacy of its highly primitive appearance is visible in today’s flower. For example, its carpals are extremely robust so that the beetles needed that pollinate them can scramble across without harm.
Even its history is robust, after the Ice Age killed off all specimens in Europe; it still thrived in two Southern yet no longer adjacent areas: Eastern Asia and Central America. When it thrived in those two regions of the world, the magnolia became an object of fascination. It has been important in the Chinese imperial court for thousands of years; and on the other side of the Pacific, the Aztecs were fervent admirers of the flower. Chocolate drinks served solely to warriors and noblemen were flavored with the bloom of the Magnolia. The Magnolias’ disjunctive global distribution stayed this way until the beginning of the 18th century when it was brought back to France from the Antilles by botanical explorer, Charles Plumier. After its European re-introduction, the magnolia was in high floral fashion in Victorian flower parlance.
The Magnolia’s recurrent symbolic meaning is patience, perhaps because it takes 20 years for a tree to blossom…
“No noble ever went on the streets of the city or made a call on a person held in respect without carrying a bunch of flowers. A magnolia of exceeding beauty and fragrance was almost as necessary to an Aztecs dress as the two swords of the Japanese samurai.”
De la Cruz-Badiano Aztec herbal, 1552, Martín de la Cruz.
Grown: All over France, but originates from all over Southeast Asia and north and Central America.
Supplier: Rungis, this kind of branch come from smaller suppliers, sold by weight.
Price: depending on the length and the time of year, between 2, 50 and 5 Euros.
Longevity: Depending on the amount of flowers on the branch, and how open they are, between 3 days and a week.
Preparation: Be sure that no smaller branches are in the water as they create extra bacteria that not only make the water milky, but also stops the plant from taking water up properly. One should also split the branch slightly lengthwise to encourage the water supply to the flowers.
Color: Purple, ranging from violet to mauve darker at the base and lighter inside.
Scent: No, not this one.
Family: Magnoliaceae.
Eucharis / 44-46 Boulevard Diderot / 75012 / 01 44 76 64 42
Pivoine Pink Hawaiian Coral
C’est l’histoire d’une famille américaine. Le jeune John Adam Kelm quitte l’Allemagne en 1825 pour l’Amérique. Il plante une pépinière d’arbres fruitiers à Arlington Heights, Illinois, près de Chicago. Ses trois fils, George, Charles et Henry l’aident à la pépinière. Charles s’intéresse aux fleurs. Il cultive plusieurs champs de pivoines dès 1916, dans lesquels il introduit de nouvelles variétés, brevète de nouveaux hybrides. Charles s’associe à son tour avec son fils Carl en 1943, déménage la pépinière à South Barrington quinze kilomètres plus à l’ouest. En 1981, Roy Klehm, un fils de Carl, met au point une nouvelle pivoine. Il l’observe, stupéfait, s’ouvrir presque excessivement en passant du corail au beige, révélant un coeur chargé de pollen jaune, et la nomme Pink Hawaiian Coral.
« Elle a une couleur très particulière, typique des hybrides américains obtenus dans les années 80, plutôt une fleur de jardin au départ, mais comme elle a une bonne tenue on l’utilise en fleur coupée. C’est donc une fleur assez récente, elle a juste trente ans. » explique Timothée Jolivet, qui doit avoir trente ans lui aussi.
Provenance : Cultivée dans le Sud de la France, achetée à Rungis.
Achat : En bacs de cinquante.
Préparation : On enlève les feuilles basses qui risquent de tremper dans l’eau, on garde les autres. J’aime ce feuillage, son vert particulier. Ensuite on coupe les tiges avant de les mettre dans l’eau.
Prix : 6 € pièce cette semaine. Ce sont les premières pivoines du sud de la France donc elles coûtent relativement chères.
Longévité : Elle tient Une semaine, pourvu qu’on coupe les tiges régulièrement.
Couleur : Couleur corail comme son nom l’indique avec une belle variation en fonction de la maturité de la fleur. Plus elle s’ouvre, plus elle s’éclaircit jusqu’à tirer vers le crème à la fin.
Parfum : Celle-ci n’en a pas, mais il existe d’autres variétés, comme la Sarah Bernard, qui sentent très bon.
Floraison : La véritable saison courre du mois de mai jusqu’à la fin du mois de juin
Famille : Paeoniacées.
Signification : Les pivoines sont cultivées depuis des millénaires en chine. Elle ont été réservées au jardin de l’empereur pendant une période durant laquelle toute personne qui était trouvée en possession de pivoines chez lui était passible de peine de mort. Aujourd’hui c’est plus simple. La pivoine est la fleur préférée des femmes. Elle a ce charme particulier qui fait qu’à chaque fois que les femmes la voient elles craquent. Si vous voulez séduire une femme, offrez lui des pivoines.
Messages du grand cerf / 4, passage du grand cerf / 75002 Paris / 09 82 51 92 66
Sweet pea
Le fleuriste’s very first post was with the Artisan Fleuriste. It was the first foray into our weekly floral investigation, and a magnificent October Carnation. Now, halfway into the 52-week project, we popped back to mark this mini mile-stone with a spring offering and checked in with the Artisan Fleuriste to see how they were doing.
They came up with an odiferous Victorian sensation, incarnation of both April and spring; the paradoxical sweet pea, a delicate representation of departure in the forsaken language of flowers, combined with the shady allegory of European famine as so depicted by Goya in the engraving ‘thanks to the sweet pea’ - in which a lady lies paralyzed from surviving on the toxic peas in early 19th century Madrid.
Grown: In the greater Paris area, with the early flowers grown in greenhouses.
Supplier: Rungis, a guy named Julien…
Price: 10 euros per bunch.
Longevity: One week if the room is cool and not too bright. The stems must be cut every two days. Put in a small amount of water, changed often.
Color: Violet. They can also be white, yellow, bordeaux…
Scent: Soft but lingering. Close to honey with green notes.
Family: Fabaceae.
L’artisan fleuriste / 95, rue vieille du temple, 75003 / 01 42 78 40 40
Renoncule Hanoï 2
L’hypothèse d’elena est la suivante. Un groupe d’acheteurs mandaté par les exploitants des hôtels cinq étoiles rafle les fleurs de valeur, avant même qu’elles atteignent (ou ré-atteignent) le sol français, enlevées brutalement sur le marché au cadran d’Aalsmeer. Etre artisan fleuriste, c’est lutter contre une pénurie organisée, c’est doubler le cartel des palaces, les transactions masquées de décorateurs obscurs, de la grande conspiration florale. Toute ressemblance avec les propos d’André Navellou, qui nous exposait d’un air affable, la semaine dernière, le mystère de la disparition des belles fleurs sur le marché parisien, ne saurait être que fortuite. Pourtant il y a ce ça. En dépit de cet état de crise, la boutique d’André Navellou déborde de spécimens aux tons clairs – des roses, des pastel, des parme - que la mafia du luxe lui envie.
« Vous vous rendez Rungis, les fleurs sont là mais celles que vous avez envie d’acheter sont rares, et bien souvent extrêmement chères. Et puis vous passez au Georges V et les salons sont pleins à craquer d’orchidées Vanda, précisément la fleur qui était introuvable la veille. »
Provenance : Du Var, elle se cultive surtout dans le midi.
Achat : Par bottes de dix.
Préparation : Enlever le feuillage et couper les tiges en biseau avec un couteau sans scie, changer l’eau tous les deux jours.
Longévité : Huit à dix jours.
Couleur : Blanc cassée tirant sur le rose pâle.
Parfum : Non.
Famille : Renonculacée. La Hanoï est une variété relativement nouvelle.
André Navellou / 49, rue Condorcet / 75009 Paris / 01 48 78 78 90
Tulipe 2 (bis)
Tu sais, tu me fais penser à une amie, une fille un peu transparente. A la fréquenter tu comprends mieux les filles, comme elles sont, comme elles pensent… Intellectuellement, cette fille a une manière assez personnelle de laisser à d’autres les idées fortes, d’en saisir de plus faibles qui prennent du temps pour se révéler, qui peuvent s’accorder successivement à des récits différents. Elle a des intuitions très sûres concernant ces idées qui n’ont l’air de rien mais qui deviennent utiles et agréables à partir du moment où elle les aménage, où elle s’y installe en quelque sorte pour un temps. C’est pour ça que je vous observe toi et tes amies, depuis une semaine que vous fleurissez sur mon bureau, jusqu’à vous transformer en ces sortes d’animaux tricolores. Je vous regarde, je pense à la fille quand elle réfléchit, à l’image très lente et très nette de votre floraison, au sentiment qu’elle fait naître, et je me dis que cette fille et vous avez à peu près le même pouvoir de développement.
Tulipe 2
A force de fréquenter les fleuristes Elena et moi, nous commençons à envisager la grande logique du commerce des fleurs coupées, à comprendre un peu comment le système se tient. Et à côté du système il y a Tom. Une énigme. Il vend uniquement des fleurs de saison, souvent rares, des fleurs qu’on n’avait jamais vues. Quand on lui pose des questions à leur sujet il les raconte :
« Ce sont des tulipes perroquet, très sombres, très découpées. Elles sont panachées comme les tulipes qui ont provoqué le premier crack boursier en Hollande au milieu du XVIIIe siècle. Pour un bulbe de tulipes comme celles-ci on pouvait vendre un palais.
Avant le XVIe siècle les bouquetières n’existaient pas, on ne s’intéressait différemment aux fleurs. La tulipe est une des premières à devenir un objet de désir, que l’on reconnaît comme un élément de décoration. A partir du XVIIIe siècle, on commence à sélectionner les fleurs, a les hybrider, créer des variétés toujours plus extraordinaires. On veut posséder ‘la tulipe’, celle que tout le monde jalousera et qui atteindra des tarifs astronomiques. »
Provenance : Seine-et-Marne
Fournisseur : Emmanuelli, à Rungis. Ils travaillent les fleurs de saison. En été ils sont plutôt rosiéristes, en hiver ils font des sapins.
Préparation : Ces tulipes sont vendues à peine sorties de terre, avec les bulbes au pied. Je prends le temps de couper les racines et d’éplucher la première couche de l’oignon. La tulipe a plus de ressources, elle peut vivre plus longtemps dans un vase, et c’est joli.
Prix : 2,5 € la tige
Longévité : 10 jours dans 5cm d’eau. Dans de l’eau stagnante et à température ambiante, les bactéries se développent et font pourrir les tiges. Si on change l’eau tous les jours, le vase reste clair et les fleurs ont de l’eau saine.
Couleur : Les fleurs noires n’existent pas. Celles-ci passe du vert au violet très sombre.
Parfum : Non c’est rare chez les tulipes.
Famille : Liliacées
Signification : je ne sais pas. Le langage des fleurs c’est toujours une création liée à une culture. Paris est une ville tellement cosmopolite… A vingt-cinq mètres de distance vous touchez deux cultures, vous n’êtes plus dans la même signification. C’est très poétique, mais ce n’est pas mon domaine.
Bleuet Coquelicot / 10, rue de la grange aux belles / 75010 Paris / 01 42 41 21 35
l’annuel 1
« Dans les grandes villes du nord (froides), dans les métropoles (stressantes), les fleurs se sont peu à peu détachées du langage amoureux. Elles passent d’une fonction romantique à une action thérapeutique. On les achète comme un complément alimentaire ou une ampoule électrique de meilleure qualité. Bientôt, posséder un minimum de connaissances en botanique sera aussi important que porter de belles chaussures ou une chemise impeccable pour un jeune homme. »
C’est Nada Diane-Fridi qui parle. Elle est co-rédactrice de l’ANNUEL, sorte d’almanach édité à l’occasion du Sound Pellegrino festival en avril prochain, dans lequel il est question d’à peu près tout – et donc de fleurs. Sound Pellegrino est le label indépendant de Teki Latex et Dj Orgasmic. Avec leur grande famille, ils ont donné la main à une génération d’adolescents qui prenaient leur première cuite en écoutant TTC. Ils ont inventé pour eux une nouvelle culture club, des matins en état de choc, ceux de la nuit passée. Parmi eux, Paraone – choc, L-VIS 1990 – choc, Renaissance Man - gros choc, Claude Vonstroke - choc énorme, tous programmés pour le festival.
l’ANNUEL 2012 / Almanach culturel de prospective à court terme / sortie le 4 avril 2012
SOUND PELLEGRINO FESTIVAL 2012 / 6-7-8 avril 2012 / L’Enfer & Social Club / Paris
Gerbera 1
La consommation, le pop minimaliste et la communication, les collections colors de Benetton, les visions de Philippe Starck pour l’an 2000. En dépit des apparences, les eighties, elle s’en fout. Cette jolie gerbera est une fan des sixties et du flower power, une altermondialiste. Elle a poussé dans une serre d’un autre âge entre une route nationale et une autoroute ; à la Crau, près de Hyères, sur une bande de terre horticole N.A. - qui n’a pas encore cédé à la pression immobilière, elle n’a jamais pris l’avion. Nous l’avons trouvée à Marseille chez Vincent Lampérier et Cédric Rihal qui disent d’elle : « c’est une fleur assez souriante »
Provenance : La Crau.
Fournisseur :à Marseille sur les arnavaux.
Préparation : Recoupée. Elle peut éventuellement être « tigée ». La tige est maintenue par un fil de fer très fin.
Prix : 1,5 €
Longévité : Dix jours. Un demi vase d’eau. Comme c’est une herbacée, recouper régulièrement la tige pour éviter qu’elle pourrisse.
Couleur : Orange vif, légumineux.
Floraison : Toute saison.
Famille : Astéracées.
Signification : Elle dégage quelque-chose de bucolique.
Le quai aux fleurs / 12, rue Bonneterie / 13002 Marseille / 04 91 91 57 40
Violette 1
Violette est un nom programmatique, un programme simple : couleur / odeur. Dès l’automne, dès qu’il fait doux, les violettes apparaissaient de manière discrète, diffuse et inattendue. Comme une application rurale chargée automatiquement - ou un spam ami. Traditionnellement, ce sont de jeunes bergères qui liaient les violettes des champs en petits bouquets à l’aide d’un fil de coton et qui envoyaient en ville ces micro love-request. Qui s’occupe aujourd’hui de cette tâche ?
Anouck Prévot : « On trouve rarement cette fleur chez les fleuristes, mais c’est un bouquet plein de sens et de charme. »
Provenance : Italie ou sud de la France.
Achat : Rungis. Elles arrivent en petits bouquets liés par un fil de coton, emballées dans du papier.
Préparation : Pas de préparation, on évite de les manipuler trop.
Prix : 8 €
Longévité : Assez éphémère. Quatre ou cinq jours.
Couleur : Blanches ou violettes.
Parfum : Suave, sucré, très doux, utilisé en pâtisserie et confiserie.
Floraison : A l’automne jusqu’en avril.
Famille : Violaceae.
Signification : Humilité, amour secret. Elle a aussi un versant historique. Les violettes (leur représentation) furent interdites en france sous la restauration parce qu’elles marquaient le signe de ralliement des bonapartistes.
Vertumne / 12, rue de la Sourdière / 75001 Paris / 01 42 86 06 76
Tulipe Ollioules
Les fleurs produites dans le Var transitent généralement par les marchés au cadran de Hyères et d’Amsterdam, puis par un grossiste au marché aux fleurs de Rungis. Le cadran est un écran géant qui retransmet les informations d’un système d’enchères électroniques par lequel la fixation des prix et une comparaison avec les cours des autres zones de production sont assurées. Les enchères sont généralement dégressives. On part d’un prix élevé et le prix de vente proposé baisse rapidement sur le cadran, ce qui assure la rapidité des transactions. Les acheteurs sont des entreprises conventionnées. Les productions mises en vente ne sont pas présentées physiquement : les cahiers des charges garantissent à l’acheteur la présentation et la qualité.
Didier Mabille possède et dirrige trois belles boutiques à Paris. Il a aussi travaillé à Rungis, chez un grossiste pendant trois ans : « Quand vous passez plusieurs années dans un espace grand comme trois terrains de football vous finissez par connaître du monde et par comprendre comment ça fonctionne. Comment par exemple, adapter les achats au volume présent sur le marché. Rungis c’est un marché d’offre et de demande, il y a toujours trop de marchandise qui arrive par rapport à ce que le marché est capable d’écouler. C’est une erreur d’arriver avec une Liste. Après c’est à nous de faire notre travail pour être pertinent vis à vis de nos clients. »
Provenance : Ces tulipes sont produites dans le Var, re-conditionnées en Hollande (raccourcies et retravaillées).
Fournisseur : AVO, Rungis.
Achat : En bac avec un peu d’eau pour que les fleurs ne souffrent pas.
Préparation : Elles sont bottelées par 50, on les remet par dix et on les emballe pour les protéger lors de manipulations. Les fleurs a bulbes supportent mal d’être recoupées, elles ont tendance à boire trop , à s’allonger et à s’alourdir.
Prix : 13,50 €
Longévité : Entre huit et dix jours. Ne pas recouper. Mettre deux ou trois centimètres d’eau, ne pas changer l’eau, il suffit d’en rajouter. Le bulbe régule l’apport en eau de façon très lente. Si la fleur s’hydrate trop vite, son fonctionnement est contrarié.
Couleur : Rose saumon. Avec le temps, le côté pétillant de la couleur va s’atténuer.
Parfum : Assez léger, une odeur de terre pas désagréable.
Famille : Liliacées.
Signification : Pour moi amener un bouquet de fleurs ça veut dire « je suis content de vous voir, on va faire un bon diner ensemble. » Je garde beaucoup de distance avec la signification. Vous allez acheter des fleurs en pensant « voilà ce qu’elles veulent dire, » mais à l’arrivée la fille à qui vous les offrez ne le sait pas. Alors il vaut mieux lui dire. c’est plus sûr.
Le Pélican / 209, rue du Faubourg Saint-Martin / 75010 Paris / 01 46 07 13 48
Mimosa 1
Vous postez une très belle vidéo - très belle ou très drôle - sur le wall d’une jeune fille. Cette fille et vous pouvez mesurer l’impact, le micro météore social produit par votre petit échange. Vous offrez des fleurs à une jeune fille. C’est une transaction importante, peut-être décisive. Finalement c’est un échange assez bref, dont la surprise et la politesse obscurcissent la véritable nature. Il y a une équivalence entre le temps où les fleurs seront là, chez la fille avant de faner puis d’être jetées, et celui où la vidéo sera là, sur son wall, avant de se dissoudre dans le flux de petits échanges. Alors la question est la suivante. Comment, dans ce temps là, mesurer l’effet que les fleurs produisent sur la fille ?
Provenance : Italie.
Achat : Rungis, Via la Hollande.
Préparation : les tiges sont fendues et plongées dans l’eau tiède pour provoquer la floraison.
Prix : 10 € à 12 € la botte.
Longévité : Quatre à cinq jours.
Couleur : Jaune poussin.
Parfum : Parfum typique, plutôt sucré.
Floraison : Janvier / Février.
Aflorelia / 38 avenue de la République / 75011 Paris / 01 48 05 87 98